Partager l'article ! Colloque de Libramont Mai 2004: Madame Ursula KODJOE Psychologue, thérapeute et médiatrice familiale à Fribourg (Allemagne) ...
Madame Ursula KODJOE
Psychologue, thérapeute et médiatrice familiale à Fribourg (Allemagne)
Exposé théorique sur l’aliénation parentale
On désigne comme " aliénation parentale ", les désordres que présentent des enfants qui refusent de voir un parent, sans aucune raison logiquement valable, ce refus résultant de la manipulation mentale réalisée par l’autre parent.
Cette aliénation parentale peut être diagnostiqué facilement grâce à un certain nombre de critères :
Concernant les sentiments des enfants :
De façon générale, l’enfant pense sincèrement que le parent qu’il a rejeté, l’a abandonné. Cette angoisse très profonde de perdre va s’étendre au parent aliénant. L’enfant ressent une tristesse profonde qui va le plonger dans une dépression. Depuis quelques années, d’ailleurs on assiste à un phénomène nouveau de suicide chez les jeunes enfants. A cette peur de perdre et d’abandon, s’ajoute une profonde déception du monde adulte, une souffrance psychique, la rage ou la fureur. L’enfant pense qu’il n’est pas assez important dans la vie de ses parents, pas assez important pour qu’on prenne ses besoins en considération : " je ne suis pas digne, je ne veux rien.. ". En conséquence, on constate une baisse dramatique de l’amour propre, de la confiance en soi. Au début les enfants dirigent leur agression sur les deux parents, puis se concentrent sur le parent aliéné en s’identifiant avec le parent qui les maintient sous leur emprise. L’enfant, pris au piège du conflit de loyauté, va rejeter son parent, pour ne pas décevoir, pour ne pas risquer de perdre l’autre parent.
Concernant le futur des enfants :
L’enfant va vivre dans la peur du futur, de la perte des liens et des relations. On assiste à une régression commune, une coalition étroite entre les enfants et le parent aliénant. L’enfant, même s’il ne le montre pas, se sent coupable de sa trahison, et vit dans la peur d’être puni pour cette trahison. La seule façon de le guérir de cette angoisse est de lui faire rencontrer l’objet de sa peur, lui donner l’occasion de voir le parent rejeté, pour que ce dernier lui dise : " je ne te reproche rien, je t’aime toujours ". Les effets à long terme de cette perte de contact est l’acquisition d’une distorsion grave des visions des deux côtés parentaux. L’image de l’autre est devenue une image ennemie. L’enfant prend toujours la position du parent qui le garde. La réalité disparaît derrière une image diabolisée. Les bons sentiments sont perdus, de même que la conscience de soi-même, car une seule partie de lui-même est perçue comme bonne – celle qui vient du parent aliénant. L’autre, héritée du parent aliéné, est refusée, considérée comme diabolique.
Dans son fort intérieur, l’enfant est incertain. Il est monolithique, ne parvenant pas à accepter d’autre attitude que la sienne propre. Il accepte tout ce qui conforte son opinion, et rejette avec force ce qui est contre. L’enfant est complètement fermé au dialogue. La relation de dyade avec le parent aliénant va déterminer dans sa vie future des modèles de comportements cramponnants, de tout ou rien, avec toujours l’angoisse de perdre.
Son identité sexuelle sera difficile. Les filles sous l’emprise de leur mère, vont avoir une difficulté de révéler leur féminité. On a des risques élevés d’actes agressifs, d’abus de substances toxiques (alcool, drogues..), et de mutilations (pour se sentir, rentrer en contact avec des sentiments réels, alors qu’il a du refouler les siens propres..).
L’enfant va développer des stratégies de fuite pour ne pas résoudre les problèmes qui vont se poser à lui dans le futur. Ses propres échecs seront vécus comme la faute des autres.
La plupart de ces enfants vont développer une hyper maturité : leur position très forte et affirmée fait toujours une impression très forte sur les experts, qui souvent ne sauront pas poser les bonnes questions. On observe également des phénomènes de surinvestissement scolaire – l’école restant le seul espace dans lequel les enfants vont se sentir en sécurité.
Plus tard, les enfants soit restent très longtemps chez le parent aliénant, soit quittent de suite la maison mais n’arrivent pas à se fixer avec un partenaire, par peur de le perdre.
De façon générale, ils vont développer des troubles de la personnalité : " qui suis-je ? "
Conséquences de la perte des liens sur le parent rejeté :
La perte du couple est déjà vécue comme une violence sociale. La perte d’un enfant est une violence encore pire. La compassion est rarement offerte au parent victime, qui est déstabilisé psychiquement et physiquement. On assiste à un nombre élevé de suicides, d’accidents mutilants et meurtriers. Le parent victime réagit soit par surinvestissement dans le travail, soit il tombe dans l’exclusion et le chômage. L’animosité incompréhensible de l’enfant débouche sur la destruction de l’image de soi. Une partie de soi est ressentie comme morte. Il présente des symptômes post-traumatiques typiques : angoisse, méfiance obsessive, dépression et phobies. Tous ces symptômes sont ressentis de façon encore plus aiguë par les mères qui sont l’objet de très fort préjugés sociaux.
Il faut absolument faire parler les parents abandonnés de leur souffrance. Etre parent est une obligation, un devoir mais également une source de joie. Les parents abandonnés ont droit à un soutien. La première obligation des institutions est de rétablir la communication entre le père et la mère, car aucun parent ne veut détruire sciemment son enfant.
Mais le plus souvent le parent aliénant détourne les mesures protectionnelles pour suspendre le droit de visite pendant les thérapies préconisées par le juge, pour retarder le plus possible la reprise de lien avec le parent rejeté.
En conclusion, on ne peut rien faire quand l’enfant refuse obstinément de voir son parent. Le devoir de tout expert est de coopérer avec les autres intervenants pour essayer de dénouer la situation. Le judiciaire doit poser un cadre légal fixe et clair dans lequel le psychosocial pourra faire son travail, qui doit être un travail de PAIX, pour la sauvegarde des droits de l’homme, des droits de l’enfant et des droits des parents, et non un travail qui conduit à un gagnant et à un perdant. Car dans un divorce conflictuel il n’y a ni gagnant ni perdant mais que des victimes…
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